LA
COMMUNE DE CHATEAUBLEAU
L'histoire
de Châteaubleau
Les
sites archéologiques :
les temples,
le théâtre,
le sanctuaire de l'eau,
un quartier d'artisanat et d'habitats.
L'actualité des chantiers
L'histoire
de Châteaubleau
La commune de Châteaubleau est située dans le département
de la Seine-et-Marne, à l'extrémité sud-est du plateau de la Brie. Ce
petit village de 270 habitants, campé à proximité de la forêt de Jouy,
bénéficie d'un environnement naturel pour le moins favorable avec un
sol fertile, voué aux cultures céréalières, et une eau partout affleurante
qui alimente puits et sources avec générosité. Deux modestes cours d'eau
sillonnent encore son territoire, le ru de Sainte-Anne au sud, et l'Yvron,
un affluent de l'Yerres, plus au nord. Depuis la seconde moitié du XIXe
siècle, la commune de Châteaubleau fait l'objet de recherches archéologiques
ayant pour but de reconnaître l'étendue du site antique et d'en préciser
l'importance.
De l'eau, du bois, de bonnes terres... L'endroit
disposait de tous les atouts pour donner naissance, le moment venu,
à une agglomération. Les objets lithiques qui y ont été recueillis en
nombre témoignent d'une occupation humaine dès le mésolithique
et qui semble s'intensifier, sur les pentes de l'Yvron, au néolithique
final. En revanche, et malgré le voisinage immédiat de la forêt de Jouy,
frontière naturelle entre les territoires melde et sénon,
les racines celtiques de Châteaubleau n'ont laissé que peu de traces,
hormis quelques tessons de céramiques très fragmentés et de rares monnaies
en potin, attribuées aux Leuci et aux Senones.
De fait, il faut attendre le Ier siècle ap. J.-C. pour voir se développer
enfin, avec la construction de la via Agrippa, les premiers bâtiments
antiques. Un tronçon de cette voie de communication importante,
reliant Boulogne-sur-Mer à Lyon puis Milan, passait en effet par Châteaubleau
en y faisant un coude très prononcé vers le sud-est, avant de rejoindre
la Seine et de la franchir au pont de Jaulnes.
Les campagnes de fouilles qui se sont succédées
sur les ruines de l'agglomération gallo-romaine ont révélé plusieurs
phases d'intense activité, sous la Pax Romana tout d'abord
puis au Bas-Empire (IIIe-IVe siècles). Mieux encore, ces opérations
ont mis en exergue toute l'importance de la fonction cultuelle du site,
attestée par la présence de plusieurs sanctuaires, ainsi que le dynamisme
de ses artisanats. Enfin, son rôle économique local et régional commence
lui aussi à se préciser, grâce à la découverte récente d'un atelier
monétaire constitué de plusieurs officines ayant
frappé et coulé de la fausse monnaie dans le courant du IIIe siècle.
L'identification de ce site romain demeure quant
à elle problématique car aucune inscription antique ne nous en a livré
le nom. Toutefois, la Table de Peutinger, malgré ses imperfections,
fournit un élément de réponse de première importance car la via Agrippa
y fait un coude en une ville étape et carrefour de voies appelée Riobe,
située au sud de Calagum (Chailly-en-Brie). Bien que tout à fait
plausible, l'identification de Châteaubleau avec l'antique Riobe
n'en reste pas moins hypothétique et prête aujourd'hui encore à discussion.
Ainsi très récemment, la traduction d'une inscription
en langue gauloise sur tegula, mise au jour au sanctuaire de
l'eau, a permis de proposer une nouvelle hypothèse quant à
sa dénomination, Ebriureco (LAMBERT, 2001).
Après avoir connu son apogée sous l'Empire romain,
Châteaubleau sombre peu à peu dans l'oubli jusqu'en 1203, date à laquelle
un manuscrit en fait mention sous le toponyme Castellum Blihaut.
Dès lors, le village va changer de nom à vingt reprises au moins et
devenir la propriété successive des bénédictins de la Charité-sur-Loire
ou encore des Chevaliers de l'ordre de Malte. Les racines antiques de
Châteaubleau semblent définitivement perdues jusqu'au jour où, intrigué
par les découvertes répétées de vestiges antiques, V. Burin ne
commence à s'y intéresser. Profitant de l'effet de mode que connaît
l'archéologie sous le Second Empire, les recherches de cet instituteur
éclairé permettront de réunir une masse d'informations considérable
qui seront exploitées, longtemps après par son petit-fils J.-P. Burin.
Ce dernier dirigera en effet de nombreuses campagnes de fouilles entre
1963 et 1987, qui se poursuivront, après sa disparition, sous la responsabilité
de F. Parthuisot et de F. Pilon.
Plusieurs monuments ayant fonctionné du IIe au IVe siècles ont été mis
au jour au cours de ces travaux : un sanctuaire de l'eau, lié
au culte des eaux guérisseuses, sis au lieu-dit La Tannerie ;
un second sanctuaire, composé de plusieurs fana alignés
sur un même axe et d'un important puits cultuel ; un théâtre
enfin, de type classique, associé au second sanctuaire. Devant l'importance
de ces vestiges et la multiplication des projets d'aménagement à Châteaubleau,
les recherches archéologiques se poursuivent encore en de nombreux endroits
du village et de sa périphérie et donnent lieu à la découverte
de nouvelles structures. Citons parmi celles-ci une villa rustica
et le vaste quartier des Grands-Jardins fouillé
entre 1995 et 2000, où de nombreux indices matériels,
nous permettent de mieux connaître leur vie quotidienne et leurs
activités professionnelles : élevage, boucherie, peausserie,
métallurgie ferreuse et cuivreuse et même, plus insolite,
fabrication de fausses monnaies dans la deuxième moitié
du IIIème siècle après J.-C.
LES PRINCIPAUX
SITES ARCHEOLOGIQUES DE CHÂTEAUBLEAU
1/ Les temples
ou fana
Fouillé
de 1990 à 1995, cet ensemble cultuel a été édifié à proximité immédiate
du théâtre. Il a connu plusieurs phases de construction et d'aménagement
jusqu'au milieu du IVe siècle après J.-C.
Ce
sanctuaire est constitué d'un alignement de plusieurs petits temples
carrés (fana) : trois au IIe siècle, puis quatre à partir
du siècle suivant. Accolé à l'un des temples, un édicule octogonal abritait
un important puits cultuel. L'ensemble monumental était clôturé par
une triple enceinte composée d'un mur porteur central, peut-être flanqué
de part et d'autre d'une colonnade. L'espace ainsi délimité, d'une superficie
de plus d'un hectare, a pu accueillir d'autres monuments, en particulier
dans sa partie occidentale.
Une
divinité spécifique habitait chaque temple. Deux d'entre elles nous
sont connues aujourd'hui : Epona, déesse d'origine gauloise,
protectrice des chevaux, et Mercure Solitumaros, une divinité
indigène plus ou moins assimilée à la figure théologique
romaine.
Pour
rendre visitable et compréhensible à tous les visiteurs ce monument,
idéalement situé près du centre ville de Châteaubleau et sur le chemin
d'accès au théâtre, un projet est en train de se constituer afin de
restituer en élévation l'un des temples, en utilisant
les données archéologiques recueillies au cours des fouilles. Une fois
reconstruit, ce monument devrait ressembler au fanum de l'archéodrome
de Beaune ou à celui de Caerwent, au Pays de Galles.
Plan des fana

©
Plans et relevés : La Riobé
DAO : Sylvie EUSEBE, INRAP (janvier 2000).
2/ Le théâtre
Connu depuis le XIXe siècle, ce monument a été installé
sur une levée de terre artificielle. Les murs ont d'abord été construits,
puis on a remblayé les cunei afin de créer la pente voulue
pour les gradins (cavea). Seuls les murs extérieurs et ceux des
allées d'accès aux gradins ont été réalisés en pierres, le reste
des structures, en particulier les sièges des spectateurs et la scène,
devant être en bois. Cette dernière était de petites dimensions (8m
x 12m), mais l'orchestra profonde accueillait vraisemblablement
une partie des spectacles. Le mur de scène, long de près de 80 m, ainsi
que les entrées des allées, étaient décorés de sculptures en
pierre, en particulier des visages.
L'abandon du théâtre semble intervenir à la fin
du IIIe siècle. Il est ensuite réoccupé à des fins artisanales et domestiques.
Actuellement, seule une partie du théâtre a été dégagée : une allée
avec ses escaliers d'accès aux places assises, une moitié de la scène
et de l'orchestre.
Plan
du théâtre avec les parties (en noires) mises au jour actuellement
et fouillées

©
Plans et relevés : La Riobé
DAO : Sylvie EUSEBE, INRAP (janvier 2000).
La mise en valeur
nécessite donc une fouille exhaustive suivie d'une restauration de ce
monument classé Monument Historique (arrêté du 28 janvier 1983). L'ensemble
[temples gallo-romains - théâtre] constituera alors un élément de visite
extrêmement intéressant et de plus très pédagogique.
Plan
de l'ensemble cultuel de l'Aumône-la-Justice : les fana
et le théâtre.

©
La Riobé (années 1995).
3/ Le sanctuaire de l'eau
Mis
au jour entre 1961 et 1989, le sanctuaire de l'eau est situé
à l'extrémité nord du village. Il possède un plan presque carré de 35
m. par 32 m. de côté et se compose d'une cour centrale certainement
à ciel ouvert, entourée d'une galerie de circulation couverte d'une
toiture de tuiles. Au centre de la cour, un double bassin accueillait
de l'eau mais pour l'instant nous ne savons s'il s'agit d'une source
jaillissant à cet endroit ou si l'eau était acheminée
depuis le sud jusque dans ces bassins. La galerie de circulation s'ouvrait
sur la cour par une colonnade sculptée de motifs végétaux, animaux et
figures anthropomorphes. Quatre absides, dont la fonction reste incertaine,
flanquaient cette galerie sur les côtés nord et sud.
Ce
sanctuaire a été fréquenté du IIe au IVe siècles après J.-C., car l'eau
était censée y posséder des vertus guérisseuses et fécondantes.
Les prières des pèlerins se matérialisaient par le dépôt d'ex-voto (monnaies,
statuettes en terre cuite, objets en forme d'yeux).
Actuellement,
le sanctuaire est presque totalement dégagé et le terrain a été
acquis par la commune de Châteaubleau grâce à une subvention de
l'État en 2002 et à un financement communal.
La
mise en valeur de ce site devrait débuter dans le courant de
l'année 2004.
Plan
du site levé en 1989

© Plans et relevés: J.-P. ADAM et La Riobé.
Photographie
aérienne du site
© La Riobé (années 70).
Photographie
des bassins

© La Riobé (années 1980).
Photographie
de l'arrivée d'eau du sanctuaire

© Marine REVENU (mars 2003).
4/ Un quartier d'habitats
et d’artisanat
La fouille
programmée, réalisée au lieu-dit Les Grands Jardins, l'illustre parfaitement
puisqu'elle a permis de mettre au jour tout un quartier artisanal
et résidentiel avec ses maisons, son parcellaire, ses rues et même ses
places publiques. De nombreux indices matériels, recueillis à cette
occasion, nous permettent de mieux connaître leur vie quotidienne et
leurs activités professionnelles : élevage, boucherie, peausserie,
métallurgie ferreuse et cuivreuse et même, plus insolite, fabrication
de fausses monnaies dans la deuxième moitié du IIIe siècle après J.-C.
Plan
d'une zone du quartier des Grands-Jardins
© Relevés
: La Riobé
Plan et DAO : Johann ISMAEL (mars 2004).
Photographie
de vestiges bâtis d'une zone du quartier des Grands-Jardins

©
La Riobé (2000-2001).
ACTUALITES
Dates du chantier de fouilles 2010 :
Du samedi 31 juillet au dimanche 29 août 2010
Bulletin d'inscription disponible sur demande à : fabien.pilon@wanadoo.fr
Activités récentes
2002 :
- XIème fête du Patrimoine. Lauréats
des Prix du Patrimoine 2001, Patrimoine Actualités, n°8,
janvier. La Riobé, 3° prix du Patrimoine pour la mise en valeur
du sanctuaire de l'eau.
- Fête du
Patrimoine à Cercanceaux. La persévérance récompensée,
Seine-et-Marne Magazine, n°56, janvier. La Riobé, 3°
prix du Patrimoine pour la mise en valeur du sanctuaire de l'eau.
- Patrimoine gallo-romain
à Châteaubleau. Les sanctuaires des déesses de Riobé,
La République de Seine-et-Marne, 4 février.
- Annonce de la
remise du trophée du meilleur chantier de jeunes bénévoles
d'Ile-de-France, Journal de 9h, France Bleu Melun, 6 février.
- Chroniques. Etudes
celtiques, L'archéologue, n°56, février-mars.
Annonce de l'étude de P.-Y. Lambert sur la tuile de 11 lignes.
- Françoise
Melmoth, La tuile inscrite de Châteaubleau, L'archéologue,
n°59, avril-mai, p.18-20. et illustration de couverture.
- Archéologie.
La farouche résistance de la langue gauloise, La recherche,
n°352, avril, p.9. Présentation de la tuile de 11 lignes suite
à la parution de l'étude dans Etudes Celtiques de Pierre-Yves
Lambert.
2001 :
Prix du meilleur chantier de jeunes bénévoles
2001 (décerné par la Direction Régionale et Départementale
Jeunesse et Sports)
3e prix
du Patrimoine de Seine-et-Marne 2001, pour le projet de mise
en valeur du sanctuaire de l'eau (décerné par le Conseil
Général de Seine-et-Marne).
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